
Andrée Sfeir, déléguée générale de l'association ÉVEIL, a ouvert ces rencontres sur le thème de la construction de la citoyenneté de l’adolescent en présentant les deux tables rondes, l'une centrée sur "l'Ecole" et l'autre sur "culture et société". L’actualité des violences dans les banlieues étant en arrière plan de toutes les interventions et des nombreux échanges avec la salle, Andrée Sfeir a commencé par pointer le malaise persistant des périphéries urbaines avant d’évoquer le rôle fondamental de l'Ecole comme passerelle, comme initiation à la citoyenneté.
Le témoignage de prestigieux intervenants est venu étayer ces propos liminaires dès la première table ronde centrée sur l’école.
Pierre Léna, académicien, professeur d'astrophysique (Paris VII), est co-fondateur du mouvement "La main à la pâte". Pierre Léna a introduit les débats en démontrant que les sciences sont vecteurs de citoyenneté : apprendre aux jeunes à comprendre et utiliser les concepts scientifiques est en effet au fondement d’une démocratie moderne, car savoir raisonner est le meilleur rempart face aux extrémismes.
Dominique Raulin est ancien secrétaire général du Conseil national des programmes. Dominique Raulin est venu rendre compte de son expérience et des limites de son action en évoquant les paradoxes et les contraintes liées à la rédaction des programmes scolaires officiels.
Jacques Toffoletti, Inspecteur d’Académie (IA-IPR Vie Scolaire) représentait Bernard Saint-Girons, recteur de l'académie de Créteil. Jacques Toffoletti a tenu à remettre en perspective la place de l’Ecole dans la société en précisant que la crise des banlieues ne pouvait être vécu comme l’échec de l'Ecole en elle-même. Revenant sur des exemples d’initiatives concrètes, Jacques Toffoletti a également insisté sur le fait que le quotidien de son académie démontrait que le système éducatif était capable de s’adapter et de faire face aux problèmes de terrain.
Heinz Wismann, philosophe, directeur d’étude à l’EHESS, a été chargé en 2001 par Jack Lang d’une mission pour l'enseignement des langues et cultures de l'Antiquité au Ministère de l’Education Nationale. Prenant acte de l’évolution des préoccupations des jeunes générations, Heinz Wismann a insisté sur l’importance d’une éducation qui puisse conduire les élèves à une distance vis-à-vis de leurs désirs immédiats. Heinz Wismann s’est appuyé sur des exemples concrets, en France comme en Allemagne, pour démontrer les vertus citoyennes de l’apprentissage des langues anciennes, lequel permet aux élèves de se retrouver égaux, à distance de leur environnement quotidien et particulier.
La deuxième table ronde "Culture et société" s'est penchée sur les autre passerelles d'accès à la citoyenneté, en résonance avec la pédagogie et l'Ecole.
Philippe Herpin, chargé de mission à France Télévision, représentait Geneviève Giard, directrice des programmes de France 3. Philippe Herpin a souligné les exigences du service public télévisuel en matière de citoyenneté et d’éducation et comment les chaînes de télévision publiques tentaient de s’y conformer dans leurs programmes.
Agneta Derrien, administratrice principale au Conseil de l'Europe, représentait Gabriella Battaini-Dragoni, directrice générale de la division "Education, Culture et Patrimoine". Agneta Derrien a salué le rôle des associations en complément de l’action publique. Evoquant les objectifs de l’année européenne de la citoyenneté par l’éducation, Agneta Derrien a insisté sur la volonté du Conseil de l’Europe de soutenir la réduction des écarts entre les politiques et la pratique. Rappelant le danger de voir ces écarts devenir des fossés, Agneta Derrien a rappelé que les émeutes dans les banlieues n’épargnaient aucun pays européen.
François Bouvier, président d'honneur de l'association "Les petits débrouillards", a remarqué que les grands déficits que l’on constate parfois chez l’enfant ne résident pas tellement dans le savoir, mais plutôt dans l’expression : Être citoyen, c’est savoir raisonner et savoir parler, mais c’est aussi savoir contester. François Bouvier s'est ensuite livré à une petite expérience à la tribune pour sensibiliser l'assistance à la magie de l'explication scientifique, outils de base de la citoyenneté.
Marie-Claude Derouet-Besson, chercheur à l’INRP, est sociologue et travaille sur la circulation des savoirs en architecture scolaire. Dans beaucoup de problèmes de la vie quotidienne, à l’échelle d’un établissement scolaire ou à l’échelle du quartier, des questions se posent ou peuvent se poser, qui pourraient donner lieu à une forme de démocratie participative. Pour Marie-Claude Derouet-Besson, il y a donc là un champ de pratiques citoyennes directes qu’il conviendrait de mettre en œuvre à côté de notre "classique" démocratie représentative : nous avons à construire un nouveau type de circulation des savoirs qui prenne les usagers et les habitants au sérieux.
Enfin
Anne-Marie Burelle, présidente de l'association ÉVEIL, est venue clore ces rencontres citoyennes en présentant le travail de terrain effectué par l'association auprès des jeunes depuis douze ans. l'association ÉVEIL réalise chaque année en moyenne 3000 interventions sur tout le territoire national.