Scribus-Edito


Abdelkrim et Kerstin

Kerstin, étudiante allemande

INTERVIEW de Kerstin Stubenvoll, par Forbon, Elia et Abdelkrim. Etudiante de 24 ans en Histoire Politique et Droit à l'Université de Berlin, Kerstin a accompagné les élèves du collège Léon Blum dans leur visite du Musée juif de Berlin

SCRIBUS : Pourquoi les Allemands ont-il construit un musée juif ?

Kerstin : Il y a longtemps eu du silence sur ces questions, parce que c’est un passé très douloureux et aussi parce qu'il n'y avait quasiment plus de juifs en Allemagne (et c'est facile de comprendre que c'était dur pour eux de revenir dans une société qui a essayé de les exterminer). Mais ce musée est original parce qu’il va au-delà de la mémoire de l’Holocauste. L'idée de ce musée Juif est de présenter la continuité des traditions juives en Allemagne depuis l’antiquité. Beaucoup d’Allemands, de classes d’élèves, viennent visiter ce musée. Il y a beaucoup de jeux interactifs, d’activités multimédia, c’est très moderne et ça intéresse les plus jeunes ! Je voudrais préciser que c’est la ville de Berlin qui a décidé de construire ce musée. L’Allemagne, à la différence de la France est un Etat fédéral et les Länder (dont Berlin) ont beaucoup d’autonomie notamment dans le domaine de la culture.


SCRIBUS : Mais c'est quand même l'Holocauste qui est le plus frappant quand on visite ce musée ? 

Kerstin : Oui, bien sûr. Vous avez remarqué que le plan du bâtiment ressemble à une gigantesque faille, une grande déchirure. L’architecte qui a conçu cela s’appelle David Liebeskind et c'est son projet qui a été retenu pour reconstruire « ground zero » le site des tours jumelles de New York détruites le 11 septembre 2001. David Liebeskind travaille donc pour des lieux où l’émotion est très forte. Ce musée veut provoquer une émotion, il doit pousser ses visiteurs à ne pas rester neutre et les faire réagir. L’idée c’est qu’il faut prendre position.

SCRIBUS :  Est-ce que c’est difficile d’être Allemand avec un tel passé ?

Kerstin : Cette histoire du nazisme est difficile à porter, des fois on n’ose pas dire qu’on est Allemand quand on est en voyage à l’étranger… Mais c’est une histoire tellement inhumaine qu’elle concerne les Allemands comme les Français, elle en devient universelle. Moi je ne me sens pas responsable individuellement du passé, mais je sens que j’ai une responsabilité pour le présent et le futur. Il ne faut pas se contenter d’être informé et de savoir ce qui s’est passé ou est en train de se passer, il faut aussi savoir agir !

Elia et Kerstin




Forbon et Kerstin




Liens pratiques

Le musée juif de Berlin:

http://www.juedisches-museum-berlin.de

SCRIBUS N°10, septembre 2005 - Association EVEIL, tous droits réservés.